Rappel : nous étions sept : Riri, Fifi, Loulou, Carine du 47, Delphine du 40, la copine à Riri, guide au château de Roquetaillade à Mazères (33)-, et Cendrinox. Sept étudiants à Bordeaux prêts à faire n’importe quoi pour s’amuser au lieu bien sûr d’étudier comme il se doit. Il faut savoir que si les blogs avaient été inventés à ce moment-là, on aurait peut-être fait autre chose…
Bref, en manque d’idée, je ne me rappelle plus qui eut l’idée de faire “ tourner les verres ”… Pour “ faire tourner les verres ”, il faut une surface plane en bois, un verre à boire ordinaire plutôt massif, et une série de petits papiers sur lesquels sont inscrits les lettres de l’alphabet et les chiffres arabes. On installe les lettres dans l’ordre alphabétique et les chiffres en ordre croissant, en cercle. Au milieu, le verre retourné. On s’assoit autour du support en bois et chacun pose un doigt sur le verre. On pose une question pas trop compliquée et le verre se ballade vers les chiffres ou les lettres pour répondre.
Je sais, j’entends déjà des ricanements derrière l’écran….
Nous avons fait ces “ petits jeux ” plusieurs fois. Au début, je me disais que l’un d’entre nous guidait le verre avec son doigt. Alors j’ai appuyé le mien et le verre, sous cette pression, a évidemment stoppé sa course. Exclamations des camarades. Je relâche mon doigt, et le verre reprend son message… !
Nous posions toujours les mêmes questions. Quelles épreuves aux examens, etc… Le verre répondait toujours quelque chose de cohérent. Le sujet de mon oral de latin ? Réponse “ Cicéron 1 ”. Les résultats du loto ? Zou, une série quelconque. Mais si les réponses concernant l’avenir se sont révélées par la suite toutes fausses, d’autres faits ont été plus beaucoup plus troublants : tout ce qui concernait nos personnalités et les “ entités ” sensées nous répondre.
A présent je vais vous raconter la dernière séance de verres tourneurs, celle qui nous a décidé à ne plus continuer.
Nous étions à Bordeaux centre, dans l’appartement de la copine à Riri, Paule, près de la Place du Parlement…
Paule n’avait pas de table en bois, mais un parquet dans sa chambre très lisse. On installa les petits papiers et le verre comme d’habitude. On s’assit autour tant bien que mal et on commença. Pour changer, on demanda aux entités des conseils pour améliorer ses chances de réussite. Je passais la première. Le verre répondit : “ travailler ” et ça nous amusa. Concernant Carine, la bombe du 47, le verre dit “ pas fiancé ”. Gêne légère. Carine s’accrochait à un rustre qui la rabaissait et que personne n’appréciait. D’ailleurs, elle dut s’en débarrasser peu après suite à des scènes pénibles avec la famille de ce dernier. Concernant Delphine, la fille sérieuse du groupe, le verre sortit un mot qui nous sembla anodin “ cousin ” mais qui la fit rougir beaucoup. On comprit qu’il ne fallait pas insister auprès de notre amie et le malaise se prolongea. Concernant Riri, le séducteur du groupe, personne ne comprit le groupe de mots, car ce dernier, qui avait deviné, ne laissa pas le verre finir. Il était un peu agité. Carine nous demanda si on arrêtait. Fifi décida de se lancer malgré tout. Alors le verre sortit un groupe de mots concernant la famille de Fifi que je ne peux retranscrire ici, puisque protagonistes existant. Nous avions cependant tous lu et c’est comme si les éléments d’un puzzle se refermaient. Fifi devint très pâle face à une confidence aussi inattendue, lui qui était si discret d’habitude. Paule cria presque “ stop ”, jeta les papiers, et nous offrit un alcool fort, un armagnac je crois, en silence. Nous étions tous secoués. On décida d’arrêter ce genre d’expérience et chacun rentra chez soi.
Peu après dans la nuit, Riri nous raconta plus tard qu’il avait dut héberger une Paule épouvantée -il avait sa chambre sur le campus de Talence, et heureusement que Paule avait un véhicule-: “ Je ne peux pas dormir, disait-elle, dès que j’éteins la lumière j’ai l’impression très nette qu’il y a des personnes dans la pièce, c’est horrible ! ”
Cette sensation dura quelques jours encore.
Nous n’avons jamais recommencé ce genre de divertissement, ni commenté les mots qui nous étaient apparus.
Une expérience qu’on aurait dû s’interdire…


