Darcossinade ? Xavier Darcos, mon professeur de Français en Hypokhâgne

Un certain a été mon professeur de Français lorsque j’étais en au à en 1983-1984. Vers 2003 j’ai à nouveau entendu parler de lui et à la télévision je l’ai reconnu. A présent qu’il est , j’ai un peu l’impression que ce qui va suivre est un témoignage historique ! Je vais donc rédiger tous les souvenirs de cette année d’enseignement avec le plus de précision possible.

Xavier Darcos avait en 1983 l’allure de ce que l’on appelait à l’époque un  » minet BCBG  » alors qu’il avait déjà 35 ans. Grand, plutôt d’allure athlétique, portant d’impeccables costumes et toujours bien coiffé, avec en outre une gueule d’amour et des yeux bleus, il impressionnait la plupart de ses élèves féminines. Pour ma part j’avais 18 ans et je n’ai jamais été attirée par les  » vieux  » et les hommes mariés mais je dois quand même reconnaître ses atouts esthétiques. Je me souviens que l’une de mes camarades, très bourgeoise bordelaise, se pâmait à chaque cours qu’il donnait et portait si possible une jupe portefeuille en flanelle blanche qui par miracle et uniquement dans ce cours s’ouvrait très haut sur ses cuisses de sauterelle … Ledit miracle était bien sûr l’une des attractions occultes de ce cours qui nous amusaient beaucoup. J’ai appris dans sa biographie qu’il était né le 14 juillet 1947 et donc qu’il serait sexagénaire cette année, mais même si son visage s’est ridé et empâté, il a su réduire efficacement les effets du temps en cette époque où l’apparence jeune est capitale dans un métier public.

Xavier Darcos, c’était aussi une présence très théâtrale concevable dans ce métier de professeur. A l’époque je ne savais rien de ses engagements politiques mais je pense que cette aisance à parler en public a bien dû lui servir par la suite. Il avait un accent du discret et je ne me rappelle plus si à ce jour il reste des traces dans ses interventions publiques. De même dans sa biographie j’ai appris qu’il était originaire du en , tout proche de chez moi. Dans ses cours il savait mettre certains mots en valeur qu’il prononçait avec une emphase particulière qui à ce que j’avais compris était une sorte de cynisme. Il joignait souvent un large geste à la parole. Je me rappelle particulièrement du ton utilisé pour  » âme « . Je me souviens aussi qu’il nous avait fait écouter des chants lyriques en nous suppliant de ne pas rire, comme si à 19 ans nous n’étions pas capables d’apprécier autre chose que du hard rock. Je me souviens aussi de ses débuts de phrases qui avaient le don de briser ce que nos cœurs de 18 ans pouvaient contenir de plus précieux :  » Comme en Lettres nous avons tous espéré devenir écrivains …  » avec un sourire en coin qui m’avait donné envie à ce moment là de les lui arracher, ses fameux yeux bleus. Ce détachement affiché de toutes les valeurs traditionnelles avait je suppose pour but de faire nous le faire apparaître  » moderne  » et il avait réussi à gagner l’admiration des plus cyniques d’entre nous. Pour moi, j’avais un respect évident pour son érudition mais je craignais cette curieuse im- ou a-moralité.

Xavier Darcos, c’était encore un consensus habile. Je me souviens de la fin d’année, où nos cas passaient devant le  » jugement suprême  » afin de savoir si nous passions en . Pour ma part c’était évident : je payais l’addition de mon année de débauche frénétique à draguer en boîte faisant suite à mes années de bac un peu trop spartiates mais obtenait par équivalence une première année de Lettres Modernes. Mes autres camarades étaient fébriles et attendaient le verdict dans la cour du Lycée. Notre professeur était sorti en pleine séance l’air outré, ce qui m’avait intrigué. Il nous raconta comment il était choqué d’entendre que pour leur cursus professionnel les élèves étaient jugés dans leur vie privée. On se demandait s’il ne valait mieux pas faire passer monsieur Untel et pas mademoiselle Unetelle parce que l’affection constante qu’elle inspirait chez monsieur Untel risquait de nuire au bon déroulement des études de ce dernier. Autrement dit, tomber amoureuse et coucher était pour une demoiselle un cas d’éjection du système. Ce genre de discrimination sexuelle, je l’avais reniflée aussi chez notre professeur de latin qui avait lancé comme une boutade follement amusante :  » Dans cette classe, il n’y avait qu’un garçon : il fallait le faire passer sinon il n’y aurait eu que des filles !  » A ce moment là, notre professeur Darcos avait eu notre admiration pour ces révélations mais après coup je m’étais demandé pourquoi il avait trahi ses collègues et supérieurs : pourquoi nous sortir ce genre de choses pénibles sinon pour se mettre complètement hors de cause au cas où l’un d’entre nous lui aurait reproché le fait de ne pas être passé en khâgne ? Je suppose aussi que le souci de plaire quels qu’en soient les circonstances a dû par la suite lui être utile dans sa carrière de haut fonctionnaire.

Xavier Darcos, c’était de même celui qui avait mis en évidence publiquement ma plus grande faiblesse de l’époque. Je devais faire un exposé sur un sujet que j’ai oublié mais qui me plaisait. Dans mes années du bac j’étais quelqu’un qui n’avait aucun problème d’expression à l’oral. J’effectuais des exposés en me servant seulement d’un plan et j’arrivais à parler aisément dessus ensuite. J’avais donc travaillé comme d’habitude et c’est après avoir écrit mon plan au tableau que je m’étais brusquement aperçue que j’avais perdu l’usage de la parole. J’avais l’impression d’être dans une bulle en verre; je voyais mes camarades qui m’observaient et j’avais la tête vide. On peut aisément imaginer la panique face à une situation inconnue de cet ordre. Darcos n’y était pour rien parce que j’étais en train de vivre le début d’une période très difficile affectivement, puis pécuniairement qui m’a d’ailleurs aussi privée de la possibilité de dessiner pendant vingt ans. En fait, mes tracas remontaient à la surface ! A la fin du cours, j’avais heureusement retrouvé mon énergie et je me précipitais pour lui montrer mon plan détaillé qu’il trouva très bon et lui expliquer que je n’avais pas compris ce qui s’était passé. Il passa très vite sur ce dernier point mais je rattrapais en partie la catastrophe avec un huit sur vingt, ce qui en hypokhâgne n’est pas forcément mauvais.

Xavier Darcos n’a jamais été je crois professeur dans un quartier difficile … ou alors très peu au tout début de sa carrière. Je me souviens d’une émission de télévision où il expliquait la nécessité de créer des maisons pour accueillir les jeunes mineurs en totale rupture avec le système scolaire. Il s’appuyait sur son expérience de professeur … Il m’avait fait rire parce que l’on se doute bien que les khâgneux qu’il avait sous sa responsabilité n’avaient rien des délinquants décrits … et je me suis alors souvenue d’un début de blague qu’une de mes camarades avait imaginé mais jamais réalisé : coller sur sa BMW une fausse rayure autocollante … là était toute la délinquance de ces générations de gentils petits jeunes dociles et travailleurs dans un univers qui ne pouvait convenir à une nature bien trop libre et indomptée comme la mienne …

Forcément je vais m’intéresser de près à son nouveau ministère … et créer au besoin des .  D’ailleurs, il y en a une ici : Politiquement Incorrect 8, Darcossinade 2

Si vous êtes intéressé par le personnage, voici sa biographie :

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4 réponses à “Darcossinade ? Xavier Darcos, mon professeur de Français en Hypokhâgne

  1. Très intéressant de découvrir un peu l’homme derrière la fonction.

  2. Oui, surtout qu’il aurait des origines bazadaises, dit-on dans sa bio.

  3. Incroyable de se rappeler de vieux souvenir, d’un homme qui est aujourd’hui sur le devant de la scène.
    Votre description est très sympa à lire.

  4. Grand merci, « annuaire formation ». J’écris ce genre d’anecdote avec plaisir, d’autant augmenté lorsqu’il est partagé !

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